On sait tous que le bonheur ne dure jamais longtemps. Avec moi, il est toujours de courte durée. Je crois que c'est d'ailleurs ce qui fait que je sais pleinement en profiter. Lorsque le téléphone retentit en pleine nuit, ce n'est jamais bon signe... Cette fois, je vis en plein cauchemar !! Je rêve toute éveillée et je ne me sortirai jamais de cette horreur...
Le cauchemar ne faisait que commencer... Dans la nuit de lundi à mardi, tu nous a quittée. Déjà, il faut s'affairer, se dépêcher. Tellement de choses à faire, de papiers, de tralalas, de déplacements... Pas le courage ni la force d'aider en quoi que ce soit. Je m'y suis mise mercredi. Parce qu'il fallait s'y mettre. Je me suis occupée des faire-parts. Les mains tremblantes, je pliais chacune de ces annonces funestes... Je n'en pouvais plus. Une fois debout, mes jambes flageolent et j'ai beaucoup de mal à me déplacer normalement. Les yeux rougis, le visage à la fois creusé par la fatigue et bouffi par les pleurs. Je n'en peux plus. Je suis épuisée. A bout de tout. Jeudi, mon courage à deux mains, je suis allée te voir. Parce qu'il le fallait. J'en avais ce besoin. Au début, près de toi, je me sentais presque bien. Tu semblais reposée. Très vite, cette sensation que tu ne te réveilleras pas. Jamais. Alors je te caresse le visage doucement. Je passe ma main dans tes cheveux. Cette froideur me prend aux tripes. Ta peau est robuste et caoutchouteuse. Le choc. J'éclate en sanglots. C'en est trop ! Comment réaliser que c'est fini. Que je ne pourrais plus te serrer, me confier, rire avec toi... Je glisse dans la poche intérieure de ta veste une enveloppe. A l'intérieur, quelques photos de nous, le poème que je t'ai écrit puis une lettre... Tu m'emportes avec toi, je te garde avec moi. Je passe ma main une nouvelle fois sur ta joue. Je t'embrasse et quitte la pièce en pleurs, effondrée, cachée derrière mes lunettes noires.
Depuis mardi, je ne dors plus. Je pleure sans cesse. Je suis épuisée et affaiblie. Je n'en peux plus.
Vendredi fut la plus dure journée... La plus éprouvante. La plus épuisante. Je me contiens, parce qu'il le faut, un minimum. Mais mon masque tombe dès ma nouvelles entrée dans le funérarium. C'est la mise en bière. Tu es là, dans ton cercueil... Tu dors paisiblement et pourtant... Je sais cette fois, que c'est le dernier moment que je passe à tes côtés. Je reste là, figée, durant une demie-heure. Je n'en plus. Les yeux gonflés, le visage rougi. Une demie-heure à pleurer sans ne pouvoir rien faire. Je te fixe, comme pour figer en moi cette dernière image de toi. Je te parle doucement dans ma tête. Ces mêmes mots. Cette même phrase. C'est automatique. Je ne me contrôle plus. Je ne contrôle plus rien... Je suis humide et ne vois plus personne autour à part toi. Ca y est, ils vont refermer le cercueil. Je m'avance. Je te dois mon dernier au-revoir. En pleurs, je te caresse une dernière fois le visage. Je passe ma main une dernière fois dans tes cheveux. Je t'embrasse pour la dernière fois. Puis, écroulée, je te fixe, je serre ton bras gauche. Comme pour me convaincre que je ne peux la réveiller. J'ai cette impression de lui serrer le bras comme lorsque je la soutenais dans des jours difficiles. Ce geste veut dire tellement de choses... Que je l'aime, que je suis là, que je l'aime, que je l'aiderai, que je l'aime, que je la soutiens... Tellement de choses. Mais je ne sens plus mes jambes. Plus aucune force ne m'envahit. Je me recule et laisse les pompes funèbres te recouvrir. Ma vue est brouillée par mes pleurs mais pas une seule seconde mon regard ne t'abandonnera. C'est dur. Si dur. Trop dur. En sortant de la pièce, tout en te suivant, j'éclate en sanglots, c'est plus fort que moi... C'est trop dur. Lors du trajet jusqu'à l'église, je jetterai un oeil dans le rétroviseur... Je suis MECONNAISSABLE ! Les yeux gonflés, le visage creusé, je suis fatiguée. J'ai mal au crâne. J'ai mal aux yeux. J'ai mal au coeur...
A l'église je suis assise au deuxième rand. Je ne te quitte pas du regard. Je veille sur toi. Jusqu'au dernier moment. J'irai lire. Une dernière prière. C'est dur. Ma voix tremble, s'essouffle, pleure... Mais j'irai jusqu'au bout. Je t'ai prié. Je t'ai béni. Je t'ai accompagné jusqu'à ta dernière demeure... Aujourd'hui, tu reposes avec papi, l'homme de ta vie, celui que tu as toujours aimé.
Parce que mamie, tellement plus qu'une simple grand-mère. Je viens de perdre ma complice, ma confidente, la femme la plus importante à ma vie après ma maman, celle sans qui je ne serais pas ce que je suis, celle sans qui mon couple ne serait pas, celle sans qui je ne serais pas moi, celle sans qui je ne serais plus là... Elle fait partie de ma vie, elle fait partie de moi. Nous sommes si proches, inséparables. Tu me manques tellement mamie chérie... Tu me manques terriblement.
Au delà de tout ce qui nous sépare désormais, je t'aime si fort ! Tellement... Je veillerai sur toi. Je serai là où les autres ne seront pas. Je prendrai soin de toi mieux que quiconque. Tu le sais, que tu peux compter sur moi.
Je vis en plein cauchemar...
Sans toi la vie ne sera jamais plus pareille...
Je t'aime.
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